pour me situer…

Deux mots sur un parcours

Née au milieu du siècle dernier, mon expérience professionnelle a été marquée, à partir de 1974, par 20 années en tant que psychologue clinicienne en service d’Aide sociale à l’enfance et en psychiatrie. Puis je me suis dirigée depuis 1994 vers l’enseignement et la recherche universitaires et suis depuis 1999 professeure en Sciences de l’éducation à l’université de Nantes.

Principaux titres universitaires

– DESS de psychologie pathologique et clinique, 1976 (Bordeaux).
Doctorat de 3ème cycle en Sciences de l’Education, 1979 (Bordeaux).
– Thèse d’Etat ès Lettres et Sciences Humaines, 1991 (Tours).

 

Spécificités, orientations et créations

Ayant commencé à travailler auprès d’enfants en difficultés dans leur vie et en difficultés scolaires, le fil conducteur de mes recherches a porté sur l’étude de l’histoire du rapport au savoir pour le personne : en effet et comme le souligne Edgar Morin, des liens se tissent entre notre vie et les savoirs que l’on construit au fil du temps, celle-ci et son histoire pouvant dès lors contribuer à la compréhension de la constitution de ceux-là. Alors, les ouvertures théoriques et cliniques que j’ai élaborées m’ont conduite à proposer des modalités de compréhension de la personne et de ses apprentissages dans une perspective transdisciplinaire et intergénérationnelle. Conjointement, je réfléchis aux effets de la narration et de l’écriture au regard des processus de formation et de recherche. C’est sur ce parcours que mes différentes publications s’appuient.

SYNTHÈSE DE LA CARRIÈRE

Deux temps forts ont structuré ma carrière
1. Première période (1974 – 1994)
Suite à un baccalauréat scientifique, j’ai démarré mes études universitaires en 1970 par un cycle expérimental de « Mathématiques et sciences humaines », m’inscrivant d’emblée dans une perspective interdisciplinaire.
J’ai ensuite fait un choix professionnel vers la psychologie plutôt que les mathématiques : à l’époque, la maîtrise était suffisante pour obtenir un poste. J’ai été recrutée comme psychologue clinicienne en 1974.
Dès que le DESS de psychologie pathologique a été créé je m’y suis inscrite, désireuse d’approfondir mes connaissances dans une profession particulièrement questionnante. Ce n’est que plusieurs années plus tard que ce niveau a été rendu obligatoire pour la pratique.
Une fois le DESS soutenu en 1976, j’ai voulu poursuivre la recherche, qui m’est apparue indispensable pour maintenir une telle activité. Dès lors, ce qui m’intéressait étant la compréhension du rapport au savoir, j’ai poursuivi en Sciences de l’éducation avec un DEA que j’ai soutenu en 1977.
Après une thèse de 3e cycle (étude longitudinale de 30 enfants en difficultés de vie et scolaires), j’ai opté pour l’enseignement universitaire et ai bénéficié d’un poste d’assistante de pédagogie de deux ans à l’ENS de Marrakech. C’est là que m’est apparu l’intérêt d’un transfert de mon expérience de praticienne sur l’enseignement.
Au retour en France, j’ai retrouvé mes activités de psychologue clinicienne tout en reprenant la recherche sous forme de thèse d’État. Après plusieurs articles, je produis mes premiers ouvrages et suis de plus en plus sollicitée par la profession. Mais une fois mes thèses achevées, je m’aperçois que je ne peux poursuivre l’exercice de ces fonctions sans maintenir des questionnements de recherche avec ma population de travail : je commence alors des démarches pour obtenir un poste universitaire.

2. Seconde période (1994 à nos jours)
Celle-ci démarre alors que je suis recrutée à l’université de Nantes en Sciences de l’éducation.
Elle comprend trois grandes étapes
1) De 1994 à 1999 (MC 2e puis 1e cl), période d’adaptation. Les Sciences de l’éducation ne démarrent alors à Nantes qu’en maîtrise et font encore partie du département de Psychologie. Je participe à la création de la licence et parallèlement du département des Sciences de l’éducation, dont j’aurai la responsabilité. Nous sommes peu nombreux, j’ai beaucoup d’heures de cours à assurer, aux côtés d’autres responsabilités administratives diverses (CA, CS, diplômes, jurys…).
Déjà titulaire d’une thèse d’État, j’ai créé dès 1994 une équipe de recherche spécifique autour de l’orientation pour laquelle j’ai été engagée, que j’ai intitulée Transform’ (transdisciplinarité et formation). Elle développe des orientations cliniques-dialogiques encore peu usitées en Sciences de l’éducation. N’ayant pas bénéficié de recrutements au sein du département, cette équipe est renforcée par un large réseau, national autant qu’international, très interactif.
En 1998, le Président de l’université me demande d’organiser les « Rencontres 2000 Université-Cité » (22-26 mai 2000), un grand moment qui réunira 135 intervenants interdisciplinaires internationaux et plus d’un millier de participants.
2) De 2000 à 2010 (PU), période de création. Je poursuis le développement des spécificités que j’ai contribué à fonder à Nantes. J’ouvre en 2000 un DU histoires de vie en formation (niveau 2e cycle sur 2 ans, 7e promotion démarrée en 2011, voir annexes 5) et crée la revue Chemins de formation (Paris : Téraèdre puis Desclée de Brouwer) dont le numéro 18 est en cours ; depuis 2011, celle-ci est associée à deux laboratoires d’Angers (sciences de l’éducation et psychologie). Cette revue, à comité scientifique international et interdisciplinaire, comporte aussi des textes de professionnels – ce qui correspond à nos orientations de recherche. Pour cela, elle a été reconnue en 2009, par l’AERES, dans la rubrique « Interfaces » (voir annexes 4).
3) À partir de 2011 (PU suite) s’ouvre une période de renforcement et reconnaissance. Mon équipe de recherche, jusque là numériquement minoritaire au plan local, est renforcée par l’accueil d’1 MC et de 6 membres de l’équipe de psychologie (3 PU et 3 MC), ainsi que de 3 membres associés. Cela lui vaut, sous ma responsabilité et pour le prochain quinquennal, une place conséquente d’axe à part entière (axe 4 « clinique-dialogique de l’éducation et de la formation », EUCLIDIA) au sein du CREN (EA 2661), dont je suis membre du CL. Parallèlement, je prends la direction du MII R.

Réalisations en tant qu’activités d’enseignement, pédagogiques et collectives dans le domaine de la formation
Pendant la première étape, les besoins sont importants et j’ai de nombreuses heures d’enseignement : principalement en Formation initiale en Sciences de l’éducation mais aussi en Psychologie sociale, en Lettres (pré-pro) et auprès des moniteurs, ainsi qu’à l’IUFM dans le cadre de l’éducation spécialisée (AIS). J’interviens aussi en Formation continue (DURF et DESS). Mes cours sont d’abord généraux, à la demande, avant de pouvoir y introduire peu à peu mes spécificités. Quand je pourrai réduire certaines interventions, je commencerai à répondre aux propositions de l’Université permanente. Aux côté de ces missions, j’endosse des responsabilités dans le cadre des différents diplômes auprès desquels j’interviens (jurys, maquettes…) et participe aux CA et CS de l’UFR et de l’Université. Je prends également, pour 2 ans chacune, la responsabilité de la licence et du département nouvellement créés.
La deuxième étape me permet de réduire un peu les enseignements et les responsabilités administratives, au profit de la recherche, du développement des liens internationaux, de l’accompagnement de politiques de publication (création d’une revue, production d’ouvrages collectifs à partir des recherches menées) et de l’ouverture d’un diplôme. Cela est particulièrement chronophage.
La troisième et actuelle étape est et sera consacrée en priorité au développement, à l’affermissement et à la pérennisation des créations précédentes, ainsi qu’à l’accroissement de leur rayonnement. Les demandes se multiplient, tant d’interventions ou communications, que de publications et expertises, témoignent de l’intérêt autant que de la vivacité des pistes développées.

ACTIVITÉS SCIENTIFIQUES

1. Thématiques et grands axes de la recherche
Tout au long de ce parcours, le fil conducteur de mes travaux a été l’étude du rapport narratif au savoir (oral/écrit), envisagé dans son histoire et en rapport avec le contexte global, tout au long de la vie. Cette expérience et ces recherches m’ont conduite à proposer des modalités de compréhension de la personne, notamment en difficultés cognitives et comportementales, dans une perspective transdisciplinaire et avec un regard international élargi.
Mes études portaient initialement sur les inférences entre le milieu familial et social, et ce qui se jouait dans le milieu scolaire. J’ai mis en évidence combien des « interdits de savoir » imposés (pour le « bien de l’enfant ») dans le contexte familial retentissent sur les savoirs proposés par l’école, devenant dès lors potentiellement dangereux et induisant refus et fermetures. Dans le même esprit, des « détournements de savoir », pour éviter que les enfants ne recomposent eux-mêmes ce qui leur est interdit (ce que j’ai appelé scordatura), entraînent des désorientations tenaces perturbant globalement leur rapport au savoir car en décalage avec l’insu – ce que l’on sait malgré soi. L’ensemble s’inscrit dans une chronologie qui fait que toute opération, même masquée, reste potentiellement efficiente : tel sur un palimpseste, même gratté rien ne s’efface complètement.
Par la suite (à partir des années 80), les politiques ont changé, autour de ces prescriptions d’interdits, qui les ont transformées en leur contraire, à savoir des « interdits d’oublier » : ceux-ci imposent a contrario le regard en arrière, même pour les situations difficiles, et ne laissent guère la possibilité de mettre de côté ce qui est dérangeant ou entravant. Une obligation de mémoire a pris place de l’obligation d’oblitération (omerta), perturbant autrement le rapport au savoir.
L’ensemble, se déroulant dans le temps de la mémoire, questionne la dimension de l’intergénérationnel et de la transmission.
Rejoindre à plein temps l’université en 1994 avec des fonctions d’enseignant-chercheur a modifié les perspectives de cette étude en leur apportant une dimension nouvelle, non plus limitée au milieu familial, mais ouverte aux environnements plus « globaux », nationaux voire internationaux. Et à cette échelle, il est apparu que les processus à l’œuvre sont de même ordre, avec des répercussions culturelles. Mais aussi scientifiques, puisqu’il s’agit de la question du rapport au savoir non seulement personnelle mais tout autant collective, et donc de la production de savoirs nouveaux. Dès lors j’ai croisé démarche clinique, pour le recueil et l’attitude compréhensive nécessités par une telle approche, et perspectives complexes pour les théorisations d’appui.
Ce sont ensuite des opportunités et des rencontres qui ont apporté à ces travaux leur envergure internationale, à la faveur de participation à des congrès internationaux qui ont occasionné des invitations dans des universités devenues, au fil du temps, partenaires : essentiellement à partir de la Pologne en 1997 ; puis le Brésil (2001) ; le Japon (2003)… pour finalement, avec des engagements variables, arriver à couvrir, l’espace d’une recherche (« Evénements et formation de la personne. Contrastes internationaux et intergénérationnels », de 2003 à ce jour), une représentation de l’ensemble des continents (18 pays).
C’est actuellement avec le Brésil que ces partenariats de recherche (projet « raconter l’école en cours de scolarité ») sont les plus structurés et avancés, avec une convention de financement du CNPq (équivalent du CNRS) et de la CAPES (responsable pour les écoles doctorales), en collaboration avec des chercheurs de cinq universités (UFRN-Natal, UFPE-Recife, UFF-Rio, UNIFESP e UNICID-São Paulo). Je suis également engagée dans une grande manifestation scientifique à Porto Alegre (2012). Par ailleurs, mes projets sont reconnus et sollicités notamment en Pologne (Łódź et Wrocław), au Japon (Kobe, Kyoto), au Maroc, en Belgique, en Suisse.
En France, non seulement les perspectives clinique-dialogique et celles des histoires de vie en formation gagnent en reconnaissance et dégagent de plus en plus d’intérêt, mais les croisements interdisciplinaires se développent, notamment avec la psychologie qui (re)découvre ces travaux. Outre des appels à conférences et publications, j’ai été invitée depuis 2010 par Boris Cyrulnik à rejoindre son Groupe de recherche et de réflexion « Attachement, résilience et culture ».

Grands axes de recherche 2007-2012 :

a. Temporalités longues, événements et transmission

  • Les Histoires de vie au défi des situations extrêmes (participation à l’international de la Suisse, du Brésil, de la Pologne, du Japon ; travaux avec Boris Cyrulnik).
  • Evénements et formation de la personne : contrastes internationaux et intergénérationnels. Recherche réalisée avec la collaboration d’équipes sur les 5 continents.
  • La transmission, de génération en génération.

b. Fonction du récit et de l’écriture en formation, au regard de la production de savoirs

  • Narration et construction des savoirs (dont « la face nocturne du rapport au savoir » et « raconter l’école », en collaboration avec le Brésil, le Japon, la Suisse et la Pologne ; inscription dans des plans de recherche régionaux).
  • Approches biographiques en formation (dont collaboration avec le Brésil).
  • Histoire mêlée de la personne et des idées (réalisation d’une série-vidéo).

c. Au-delà des deux thématiques précédentes, reprise d’un chantier « Les défis de l’éducation » avec l’IIRPC de Poitiers (CNRS, Paris).

Ouvertures actuelles 2012-2013
Aujourd’hui mon ambition, dans le cadre de l’équipe, devenue en 2012 EUCLIDIA « clinique-dialogique de l’éducation et de la formation » et que je co-dirige (axe 4 du CREN, EA 2661), est de continuer de développer ces orientations autour de projets de recherche travaillés à partir de la mise en œuvre, du recueil et de l’étude de récits d’expérience et biographies éducatives notamment. Une partie de ces projets s’inscrit dans le plateau-recherche CPER 10 LLSHS, axe 1, Ateliers 2, Action 4 « Enfance » ; dans l’AAP DRED et le réseau OPEEN.
L’équipe dont j’ai la responsabilité se réunit plusieurs samedis et un week-end annuel (ex. en annexes 6), pour réunir un maximum de personnes parmi les professionnels et/ou lointains.
Je compte 10 doctorants en cours, 17 thèses soutenues en France (2 MC, 2 qualifiées en 2013, 3 retraités, 3 étrangers retournés pour un poste dans leur pays, les autres étant des professionnels), 5 à l’étranger (stages doctoraux avec le Brésil, la Roumanie et le Japon) et 1 post-doctorat (en poste au Brésil).

Travaillant surtout, jusqu’à présent, avec des collaborateurs extérieurs et étrangers, l’étoffement récent de mon équipe au titre de la recherche permet de développer encore plus ces entrées et de répondre aux demandes des étudiants de plus en plus intéressés, ainsi qu’aux besoins accrus de la recherche, tout en réagissant plus et mieux aux appels d’offre, notamment locaux et régionaux. Nous orientons maintenant nos perspectives autour du souci de la « qualité de vie », qui devient un repère central et fédérateur de cet axe.

Mots-clés dans le cadre du triptyque “démarche clinique-dialogique, pensée complexe, temporalité”:
Insu, interdits de savoir et d’oublier, intergénérationnel, palimpseste, scordatura

Nouveauté à l’étude (2010) : l’antiracontage.